Restonica trail – 7 au 9 juillet 2016

LA RESTONICA TRAIL – UN TRAIL 100% CORSICA

Récit de Franck

 

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Juillet 2016, un nouveau départ pour un séjour estival en Corse. Au programme des
hostilités, balades, détente, Plage, et surtout les spécialités Corse. Mais comment passer
quelques jours en Corse et ne pas imaginer sillonner les Hauts Sommets avec le mythique
GR20 pour un amoureux de Montagne ?
Sans tarder, dès validation de la réservation du voyage, je scrute la toile du net pour
connaître les différents Trails proposés sur la période prévue des vacances. J’avais en tête,
depuis ma participation en 2010 à la « TAVIGNANU TRAIL », une course au départ de CORTE,
village emblématique Corse par son rassemblement d’étudiants et QG du FLNC.

Corte
Très vite, je retrouve le lien du site de la « RESTONICA TRAIL » qui propose plusieurs
courses au départ de ce même village et aux dates de notre séjour. Trois courses majeures
sont proposées : La « TAVIGNANU » avec une distance de 33 Kms et 2500 m de dénivelé ; La
« RESTONICA TRAIL » sur une distance de 69 Kms et 5000m de dénivelé, enfin un Ultra sur une
distance de 110 Kms et 8000 m de dénivelé. Mon choix se porte directement sur le parcours
intermédiaire de la RESTONICA permettant ainsi de m’aligner sur une distance où je suis en
mesure de garder du jus pour la suite et néanmoins me confronter à la réalité du dénivelé de
la Haute Montagne avant l’échéance attendue du mois d’août pour l’UT4M.

profil
25 Juin 2016 18h43, mon inscription est validée. Je reçois un mail de confirmation des
organisateurs de course. Dans 14 jours, je serai sur la ligne de départ pour cette course qui
s’annonce déjà fabuleuse. Je sais qu’elle sera particulièrement difficile de par le parcours, le
profil de course donné, les conditions météorologiques en cette période qui peuvent être très
caniculaires, et la dureté du dénivelé avec plus de 5000 mètres de positif sur seulement 69
Kms de course. Je maintiens ma préparation jusqu’au terme de mon départ sans changer
fondamentalement le volume. Je compte sur mes acquis obtenus sur mes courses
précédentes pour dérouler ma course le jour J. A quelques jours du voyage, je peaufine la
préparation du matériel pour ne rien oublier et être dans les bonnes conditions
environnementales pour l’épreuve dans le choix des vêtements.
05 Juillet 2016 03h30, départ « Corsica ». Après avoir traversé la France jusqu’à
MENTON, nous embarquons le soir à bord du CORSICA FERRIES pour une nuit en couchette et
une traversée vers AJACCIO qui sera notre point d’arrivée à 07h30 du matin le 06 Juillet. Nous
connaissons notre destination, CORTE. Nous retrouvons très vite l’ambiance de cette « Île de
Beauté » avec ses parfums, ses couleurs, sa chaleur, son antique population nuragique de la
Sardaigne et de la Corse qui constituent les Corses. Nous décidons de poser notre bivouac au
camping de TUANI qui se situe aux portes de la RESTONICA.

  tente
Il reste alors 3 jours d’acclimatation dans le coeur corse avant l’épreuve. Dès le
lendemain, nous décidons en famille de gravir les sommets de la montagne pour gagner les
lacs de MELU à 1711 mètres d’altitude et celui de CAPITELLU à 1930 mètres. Cette excursion
permet de renouer avec la difficulté de la haute montagne corse et d’appréhender la chaleur.
Les organismes sont bouleversés avec plus de 35°C en pointe sur la roche.

lac melu lac melu 2
Le ciel est dégagé de tout nuage et le vent est totalement absent. Je me renseigne,
d’ores et déjà, sur les conditions attendues ce samedi 09 juillet. Pas de bouleversement
attendu. La journée sera chaude, très chaude même. La journée du vendredi sera assez
tranquille profitant de la fraîcheur de la rivière locale. C’est également la journée pour
récupérer le dossard de course. Les concurrents du 110 kms sont déjà en action. Ils ont pris le
départ à 23h00 la veille au soir. 17h30, c’est le run finish pour la préparation du sac que je dois
emmener et je sélectionne dans le même temps les vêtements que je porterai le jour J. Dernier
repas du soir et un couchage aux alentours de 21h00 pour profiter d’une nuit presque
complète avant un réveil aux aurores.
09 Juillet 2016, 03h30 du matin. Le réveil retenti. Je me jette sur le portable pour
stopper l’alarme et éviter de réveiller tout le monde. Je m’extirpe de mon sac de couchage et
sort à l’extérieur. La particularité de nos vacances réside sur le plaisirs de vivre dehors. Mes
affaires sont correctement alignées ce qui me permet très vite d’enfiler la tenue de course.
Devant moi, une lumière fixe illumine l’obscurité de la nuit. Notre voisin de séjour est debout,
la frontale sur la tête, il semble lire un journal. Lui aussi fera partie des heureux trailers. Il
s’aligne sur la TAVIGNANU avec un départ prévu vers 07h30. Il a pris de l’avance, peut-être
pour déjeuner copieusement et assurer une bonne digestion avant son départ. Je continue
ma préparation. Crème NOK AKILEINE aux pieds, j’enfile mes « trails runnings » et termine par
un petit déjeuné copieux. Pas de changement au menu, Bananes, riz au lait, boisson chaude
et jus d’orange avec quelques gâteaux secs pour donner de la consistance énergétique.
Samedi 09 Juillet 2016, 04h00 du matin. Mon épouse se réveille. Elle s’extirpe de notre
logement nomade pour m’accompagner dans le centre du village de CORTE à 8 kms de notre
bivouac. C’est un confort de pouvoir bénéficier d’un covoiturage que j’apprécie sur l’instant
et que je savourerai certainement à l’arrivée après plusieurs heures d’effort. Nous quittons le
camping. La nuit est calme. Nous ne croisons personne en chemin, pas même dans le village.
Il est 04h10 du matin à la place PAOLI. Je descends de voiture et emmène mon sac et les
bâtons de course. Banane dans la main gauche et boisson, je m’arrête quelques instants sur
cette place. La rue centrale se prolonge vers le centre du village. Trois personnes se
distinguent dans l’angle d’une rue. Je me demande sur l’instant s’il y a vraiment une course
avec un départ dans 45’. Il y a très peu d’âmes qui vivent. Je fini par descendre la rue et je me
dirige vers l’arche de départ. La plupart des concurrents se sont agglutinés à proximité du
départ au centre d’une seconde place. Je les rejoins. Il reste 30 minutes avant le TOP départ.
Je me concentre sur mon objectif. Le temps d’immortaliser cet instant d’une photographie, je
me dirige vers la ligne de départ.

depart 1 depart 2

Plusieurs concurrents sont déjà placés dans le sas. Je me faufile entre eux pour me
placer avec les élites sur la première rangée. Le speaker est très motivé et encourage tous les
athlètes en nous invitant à un échauffement de groupe. Devant, très peu de mouvement, les
concurrents se regardent et attendent le départ de course sans bouger. La tension est
palpable. 5 secondes, 4, 3, 2, 1 et TOP c’est parti !!! Je m’élance au coup de pistolet. On
remonte le cours PAOLI. Un virage à l’équerre et on grimpe les quelques marches qui nous
conduisent à la citadelle de CORTE. Je mène la cadence sur les premiers 500 mètres avec ceux
qui seront très loin devant, dans quelques heures. J’aime ces départs en tête de course. C’est
ma façon de rentrer dans une compétition et de me caler à mon rythme après quelques
hectomètres de foulée. Très vite, j’imprime un rythme modéré. Le sentier se dresse à la sortie
du village et le dénivelé positif ralentie la progression. Nous allons parcourir plus de 6
kilomètres d’ascension avec un dénivelé d’environ 1400 mètres. Bienvenue en Corse !!! Il me
faudra environ 01h45 de course pour atteindre le sommet de « BOCCA CANAGLIA » à 1790
mètres. La marche active remplace rapidement la course et la chaleur déjà forte pèse sur le
rythme. On démarre la matinée avec 22°C à 05h00 du matin. Je n’ai pas une véritable idée de
ma progression. J’ai décidé de ne pas prendre la montre GARMIN et de rester à la sensation.
Cependant, je sens que l’allure n’est pas rapide et que la journée s’annonce difficile au vu des
premiers kilomètres. Je veille à ne pas être trop euphorique et j’en garde sous la pédale en ne
manquant pas d’admirer le somptueux paysage qui devient au fil des pas de plus en plus
aérien. A gauche se dresse la chaîne du MONTE ROTONDO avec 2622 mètres d’altitude qui
constitue le second sommet de corse. On aperçoit la LATTINICCIA, le CARDO, FILLICINA, I
CIOTTI et enfin l’imposant ROTONDO ourlé de gros névés. Je stoppe quelques secondes ma
progression. Derrière moi le vide se creuse. J’admire quelques instants le village de CORTE vue
du ciel avec la mer au fond. Là, j’apprécie les efforts accomplis devant un tel spectacle de
beauté.

Image 1
Ça vaut le déplacement. Je suis attentif pour ne pas passer à côté de l’arche du
SCANDULAGHJU, curiosité géologique qui surgit soudain de nulle part. Au-dessous coule une
rivière, c’est la TAVIGNANU que l’on pourra approcher plus tard. AU PC1, premier ravito dans
les bergeries des PADULE. Je fais le plein d’eau, mange quelques mets alignés sur la table
(saucissons, fromage corse, orange), et boit un verre de coca.
Je prends un peu de répit et j’entame une petite descente dans l’herbe rase et les
cailloux qui mène rapidement aux bergeries de COGNA. De là, je poursuis sur une belle piste
forestière s’étalant sur 5 Kms. Il m’est difficile de trouver un rythme de course rapide. La
chaleur pèse.

Image 2
Une douleur sur la cheville gauche, suite à une torsion occasionnée lors d’une descente
quelques jours auparavant, se réveille. Je ne suis pas au mieux de ma condition. Je n’ai pas la
tête. Je sais que la journée va être longue. Quelques concurrents me doublent. J’essaie de
rester dans leur sillage mais je décline rapidement. Je prolonge ma progression jusqu’à la
bergerie de BONIACCE ou se dresse la stèle dite du « perroquet » érigée en mémoire des
maquisards qui au cours de la seconde guerre mondiale ont préparé d’ici la libération de la
corse qui fut le premier département libéré un an avant le débarquement de Normandie.
Une descente raide et très technique m’amène au kilomètre 16 au refuge de SEGA à
1100 mètres d’altitude.

Sega
Ce lieu était autrefois un site d’exploitation du pin « LARICIU » destiné entre autre à la
confection des mats de navires. Un groupe de coureurs corse me rejoint. Je m’accroche au
groupe durant quelques kilomètres. Le rythme est soutenu. Ils discutent beaucoup. Dans ce
groupe il y a trois concurrentes qui se mettent la pression. L’une d’entre elles donne le rythme
et dit : « Elle ne va pas me la jouer sur mes terres. La route est encore longue ». Le ton est
donné. Il va falloir s’accrocher. Je décroche. On longe la TAVIGNANU à l’ombre des pins
centenaires et on peut admirer les deux cascades majestueuses et rafraîchissantes qui
s’ouvrent devant nos yeux. Il fait chaud. C’est dur.
Après 2 kms le chemin se redresse et une succession de petits raidillons me conduit
sur les rives veloutées du lac de NINU à 1900 mètres peuplé de truites, source du TAVIGNANU
où paissent chevaux sauvages, vaches et cochons.

Nino
Dans l’ascension je cherche l’ombre. Une grosse pierre se dresse devant moi. Je décide
de stopper quelques minutes et m’assoie le long de la roche, laissant passer mes poursuivants.
Je suis exténué. Je sors une barre de mon sac et profite de contempler le paysage en dégustant
celle-ci. Une ou deux gorgées d’eau, je dois repartir. Difficile de ne pas résister devant un tel
spectacle, mais le devoir m’appelle et le chronomètre tourne. Je dois reprendre ma route.
Après l’ascension, je progresse sur un long plateau. Des concurrents se trouvent sur la rive
opposée. Ils ont fait le tour du lac de NINU et après une halte sur le ravitaillement ont repris
la suite des hostilités. Le paysage est magnifique. Des mini lacs bleutés se dévoilent sur mon
passage. L’herbe est courte, ferme et piquante. Le paysage est grandiose.

Nino 2
Je contourne à mon tour le lac principal et me dirige vers les stands du PC 8. Je décide de
m’arrêter quelques minutes pour reprendre quelques forces. Je remplie les bidons et me
masse les jambes. Je demande à combien de kilomètres nous sommes. Nous venons de passer
le 28ième kilomètre. Il est 10h15’. Je cours depuis 5h15’. La moyenne est de 5,2 Kms/h.

Nino 3
Samedi 09 Juillet 2016, 10h30, je suis au kilomètre 30 et je parcours le « CAMPOTILE »,
un vaste plateau herbeux sur 7 kilomètres pour rejoindre ensuite le refuge de « MANGANU »
en passant devant la bergerie de « VACCAJA » haut lieu de « MACAGNE » du temps berger
Jacquot LUCIANI.

Vaccaja
Fini la plaisanterie, le juge de paix de cette course se profile, le « crux », le terrible col
de « BOCCA ALLE PORTE » à 2250 mètres d’altitude, point culminant du GR20. La montée est
interminable. Le soleil est à l’azimute et la chaleur m’écrase, peut-être 34 ou 35 °C. Je ramasse.
En chemin, je croise deux concurrents qui se sont arrêtés pour récupérer.

Vaccaja 2
L’un entre eux me regarde. Je progresse lentement avec l’aide de mes compagnons de
route qui m’aident depuis le départ : mes bâtons. « Je pars avec toi » me dit-il. « Je suis arrêté
ici depuis une demi-heure et je n’arrive pas à me motiver seul pour repartir. Je vais me servir
de toi. Je me cale derrière et si je peux te suivre, tant mieux ». Il ne quittera plus cette place
jusqu’au sommet se servant de chacun de mes pas pour avancer les siens. Je dois m’arrêter
quelque instant dans ma progression de l’ascension. Le dénivelé me fait mal. C’est vertigineux.
C’est interminable. Je ne vois pas le sommet. Tout semble démesuré tellement l’altitude est
grandissante. Plus de végétation depuis des heures. De la pierre, rien que de la pierre et
surtout du dénivelé, du gros dénivelé.

pierriers
J’ai mal mais c’est bon. Mon partenaire de route s’arrête et dit : « Ah non ! Je ne peux
pas passer devant. Je reste derrière toi. Ton rythme me convient. Je n’aurai pas la force de
prendre le relai et d’être devant ». Je repars devant avec lui dans mon sillage. Je marche pour
deux. J’ai l’impression de porter son poids sur mes épaules. C’est dur. A quelques mètres
d’altitude du point culminant, des voix s’élèvent. Mon compagnon est toujours là. J’aperçois
enfin des silhouettes qui s’agitent au sommet. C’est le point culminant de la course. Quelques
bénévoles se sont placés pour nous encourager à l’endroit fatidique.
Encore quelques pas. Je grimpe avec les mains les dernières difficultés. Je me retourne.
C’est haut. C’est vertigineux.

pierriers 2
On vient d’en bas. Je passe le col. Un autre paysage illumine mon visage. Quelle
récompense en haut, une vue à 360° avec en toile de fond les plus hauts sommets de l’île et
les plus beaux lacs d’altitude. Je surplombe les deux lacs, « MELU et CAPITELLU », que j’ai vu
il y quelques jours d’un angle si différent.
Je m’arrête quelques instants le temps d’une photo et de boire une gorgé. Il est
12h53 quand j’atteins le sommet. Je suis à presque 08h00 et 38 Kms de course. Ma moyenne
est alors descendue à 4,8 Kms/h.

Lacs
Je repars dans la descente avec pour objectif d’atteindre le prochain ravitaillement de
« BOCCA SOGLIA » au PC 9 au kilomètre 40. Mon compatriote d’une montée ne m’a pas
attendu. Il est devant. Je ne le reverrai pas.

pierriers 3
Le temps d’une pause bien méritée après ces efforts, je me lance dans la descente vers
le lac de « MELU » et le PC 10 de « GROTELLE » au kilomètre 45. 5 kilomètres de descente que
j’effectue au taquet. Après une courte halte à la source près du lac pour faire le plein d’eau
fraiche, je me lance à corps perdu sur le sentier, une descente très technique. Je connais cet
endroit. J’ai reconnu le passage 2 jours auparavant. J’anticipe chaque pas. Je saute de pierre
en pierre comme un cabri qui vit dans ces hautes montagnes. Je vais vite. Je roule. Je déroule.
Le coin est très touristique. Je pose les bâtons sur l’avant pour amortir les chocs et je relance
dès l’appui du pied au sol pour regagner en vitesse. Chaque impact du cliquetis des bâtons
résonne dans la montagne et interpelle les randonneurs qui s’arrêtent et se poussent à mon
passage. Je salue. Je remercie sans me déconcentrer sur ma course. La moindre chute peut
être lourde de conséquence. Je suis hyper concentré. Très vite je gagne les bergeries
intermédiaires et j’aperçois les véhicules stationnés en contre-bas qui marquent l’arrivée sur
« GROTELLE ». Un photographe de l’organisation se tient prêt à immortaliser chaque passage.

Image 3
Je marque mon arrivée par mon traditionnel « JUMP ». Je décolle en m’appuyant sur
les bâtons. Image dans la boîte, je m’arrête au ravitaillement exténué par la vitesse dans la
descente.

saut
J’arrête mon MP3 et cale le RS4 autour du cou. Je salue les bénévoles et me ravitaille.
Je donne mes bidons à une personne qui me fait le plein, le temps d’une récupération avec au
menu charcuterie corse, fromage, soupe, pâtes. Certains profitent de l’endroit pour se faire
masser. Un concurrent se fait strapper le genou. Il espère terminer même si les soigneurs lui
conseillent sagement de stopper la compétition.
Je suis au kilomètre 46 et les grosses difficultés sont normalement derrière moi. Le
chemin descendant me conduit le long de la « RESTONICA ». Je cours. Je me sens très bien. Je
gagne rapidement le chalet « Chez CESAR » à 900 m de dénivelé au kilomètre 52. Une dernière
difficulté m’attend, l’ascension sur 3 kilomètres qui me conduit au plateau « d’ALZU », haut
lieu d’estive cortenais et point d’orgue convivial de la course à 1600 mètres de dénivelé.

village
Le ciel s’est assombri et le soleil a laissé place aux nuages. La température reste malgré
tout lourde et étouffante. Quelques gouttes de pluie font leur apparition. Le sol devient plus
trempé au fur et à mesure de ma progression. J’attaque alors la montée sous l’orage. Les
jambes sont lourdes. J’appuie sur les bâtons. Chaque pas est de plus en plus dur. J’entends
des concurrents qui me rejoignent. Je suis seul depuis longtemps. J’apprécie de revoir des
concurrents, même si je sais que c’est un signe de moins bien pour moi. La dernière partie de
la montée est à nouveau vertigineuse. La pluie a cessé en même temps que le dénivelé
s’accentue. Le tracé du parcours coupe à travers la roche. Pas question de suivre le sentier.
Les organisateurs ont décidé de durcir l’épreuve…. Je suis à nouveau exténué. Je gagne enfin
le sommet. Le plateau « d’ALZU » s’ouvre devant moi. Je suis déçu du paysage que l’on m’a
décrit comme magique. Peut-être la fatigue ne me permet-elle plus d’apprécier la beauté des
paysages. Je ne m’éternise pas et amorce tranquillement la descente jusqu’au PC 11, dernier
ravitaillement avant la descente pour une arrivée sur CORTE. Je suis alors au kilomètre 57. Il
reste environ 12 Kms de descente. Je m’arrête au ravito pour faire le plein des bidons et
prendre quelques verres de coca.
Je repars pour une longue descente qui longe la vallée du TAVIGNANU et ses gorges
étroites.

Tavignanu
Je rejoins dans ma progression quelques concurrents qui peinent à atteindre les
derniers kilomètres. Je me retrouve derrière des athlètes réunionnais que je double. Je mène
la cadence. Ils s’accrochent. Les trois derniers kilomètres sont difficiles. Je suis contraint de
réduire l’allure. Ils me repassent. Je veux m’accrocher, mais je suis trop fatigué pour suivre
l’allure. Ils ont accéléré. J’aperçois le village. J’entends mon portable qui bip. C’est surement
mes proches qui s’impatientent à l’arrivée. Ils se sont renseignés sur ma progression et les
organisateurs de course ont projeté mon arrivée vers 19h00. Je n’ai pas la force d’extraire le
téléphone du sac à dos. Je continue ma course. Je termine mes quelques pas sur le sentier. Je
connais l’arrivée pour avoir couru en 2010 sur la TAVIGNANU. Nous allons reprendre le chemin
inverse de celui pris à 05h00 du matin. Nous passons la citadelle et ensuite nous descendons
dans le village de CORTE. Les terrasses sont pleines à cette heure. Chaque passage d’un
concurrent est ovationné. Je saute les marches qui m’amènent place PAOLI.

Village 2
Il me reste un dernier virage et une rue à parcourir. Encore 300 mètres. En bas de la
place PAOLI, ma famille m’attend.

arrivée 1
J’exquise un sourire de joie malgré la fatigue. Ils sont rassurés de me voir atteindre
l’objectif indemne.

arrivée 2
Ma fille PHILOMENE, 11 ans, accompagnée de son amie PENELOPE me rejoignent pour
m’emmener sur la ligne d’arrivée. Je savoure. C’est magique.

arrivée 3
La foule m’encourage et me félicite. Je remercie tout le monde. «Merci. Merci
beaucoup. Merci à tous…. » ; Les seuls mots que je dis dans la descente. Mais pourquoi ses
mots ? Je ne sais pas vraiment. C’est comme ça. Je ne réfléchis plus. Mes mains dans celles
des deux filles, je passe la ligne d’arrivée comblé, mais épuisé. Je regarde SANDRINE qui tente
de prendre des photos. Elle comprend ce que je viens de parcourir. Elle flash. Les bénévoles
me donnent mon tee-shirt FINISHER. Je remercie encore. Je fini par m’assoir sur une chaise
qui se trouve à l’arrivée. Je suis exténué. Je prends un verre de coca et le pose au sol. Je me
tiens la tête.

arrivée 4
Je craque. Les larmes coulent. Je ne peux rien retenir. Je suis heureux d’être FINISHER.
La course a été éprouvante. J’ai tout donné pour arriver à CORTE.

arrivée 5
Au final, après lecture des résultats, je reste malgré tout un peu amère devant ma place
au général. Je termine 81ième au scratch sur 175 arrivants et 225 partant. Je termine 27
Master1. Je parcours les 69 Kms en 14h20’23’’ et une moyenne de 4,8 Kms/h. J’ai pris
l’habitude de finir dans le premier tiers des participants. Là, je fini en milieu de peloton. C’est
comme ça. Je rejoins la place où a lieu la remise des récompenses. Une conférence sur la
diététique dans le milieu de l’ultra est donnée. J’écoute de loin les propos du médecin en
charge de cette conférence. Je m’allonge sur l’un des bancs qui se trouve sur la place. Je ferme
les yeux. Je récupère. Je souffle. Le sommeil m’envahi, une grosse envie de dormir
profondément. Je me retiens pour ne pas plonger dans un sommeil profond. Je suis vidé. Je
refais la course. Je suis comblé d’être FINISHER sans trop de séquelle, à part une grosse fatigue,
qui me conduit à un suivi médical quelques minutes après l’arrivée. Pas d’inquiétude. Une
baisse de tension m’oblige à rester quelques instants auprès des secouristes. Je fini par quitter
les lieux et je repars pour retrouver notre bivouac et profiter alors d’une bonne nuit de
sommeil.

montée
Aujourd’hui, la « RESTONICA TRAIL » reste l’une des courses la plus difficile de ma
carrière sportive.
Le dénivelé vertigineux dans une chaleur insoutenable a marqué le physique.
La découverte des paysages éblouissants m’a laissé une trace indélébile à l’esprit.
La “RESTONICA TRAIL”, le Trail 100% CORSICA à vivre !!!!!!!

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