Ronda dels Cims – 15 au 17 juillet 2016

Récit de Fabrice

 

Bien que les paysages soient déjà magnifiques au départ d’Ordino, le début de ce tour d’Andorre n’est pas des plus passionnants car tout le monde est à la queue-leu-leu sur des sentiers étroits. Il y a même des embouteillages sur les passages délicats. En plus, je ne peux m’empêcher de cogiter sur mon manque de préparation et diverses douleurs ici et là.

Il faut attendre le début d’après-midi et le passage au 2e ravitaillement (Coma Arcalis) pour que ça se décante. C’est alors un régal: L’organisme est encore frais après 8h de course, et chaque passage de col est l’occasion de découvrir un panorama époustouflant. Les choses se corsent en début de soirée avec la montée au Pic de Comapedrosa (2942m). Je commets alors une grosse faute en continuant d’utiliser mes bâtons dans un enchevêtrement d’énormes blocs de granits. L’inévitable se produit : un bâton se coince entre 2 blocs et se casse net à sa base : le voilà raccourci de 10cm ! Grosse galère en perspective ! Mais ça ne sert à rien de se lamenter ; je pourrai au moins faire le dahut dans les devers…

J’essaie au ravito suivant de remettre la pointe avec des pinces, mais impossible, le carbone a quand même dégusté. Je choisis alors de retirer la pointe de l’autre bâton pour que les 2 soient (presque) de la même longueur. Je peux encore les utiliser, mais en appuyant bien moins fort que prévu.

La portion pour rejoindre la 1ère base-vie est incroyablement difficile : des éboulis instables dans des côtes à 40%, des blocs avec des trous à enjamber, et une descente raide et longue pour rejoindre La Margineda. Il est 4h du matin, et les abandons sont déjà nombreux dans ce gymnase ; l’idée d’arrêter est bien présente aussi dans mon esprit, tant mon moral et mon physique ont été entamés en quelques heures. Après un repas et une douche, je squatte le 1er lit disponible, bien décidé à dormir ce qu’il faudra, sans même mettre de réveil. Au bout d’ ½ heure, je m’assoupis enfin pour me réveiller 15 minutes plus tard. Les effets récupérateurs de cette mini-sieste sont inespérés : les jambes sont encore un peu lourdes, mais je me sens d’attaque pour repartir, ce que je fais à 5h30 après avoir reconditionné mon sac.

13737650_1097412233631325_4042754807929945449_o

La matinée qui suit est très agréable : il fait encore frais, les paysages sont variés, avec notamment la traversée de plantations de tabac, et les bâtons tiennent le coup, bien que le carbone soit directement au contact du sol. Les difficultés ne vont cependant pas tarder avec l’ascension du Pic Negre de Claror : Bien que le chemin soit assez « roulant », la végétation (et donc les zones d’ombre) se raréfie, et le soleil tape de plus en plus fort. L’après-midi est vraiment difficile, j’avance au ralenti avec des étourdissements, des fourmillements et les mains et les lèvres qui commencent à gonfler. Une nouvelle petite sieste d’1/4 d’heure au refuge Claror me permet de repartir un peu reposé, mais ce sera dur jusqu’au début de la nuit. Le manque de vigilance me fait chuter plusieurs fois, sans gravité, mais avec à chaque fois des hématomes et douleurs en plus. Je n’ai plus qu’une idée en tête : abandonner ! Mais pour ça, il me faut rejoindre le refuge de l’Illa. J’y parviens vers 22h après une ascension qui n’en finit pas. Sur place, le médecin me file un ibuprofène et arrive à me persuader de continuer jusqu’à la 2e base vie (Pas de la Casa). « Tu en as pour 4h max, et là-bas, tu verras bien ! ».

Après avoir sorti la frontale et m’être bien couvert (la t° est descendue de 30° en quelques heures!), je repars donc avec le Pas de la Casa en point de mire. La fraîcheur de la nuit me réussit plutôt bien et je retrouve un sursaut de forme, avec en visuel les paysages fabuleux des crêtes éclairées par la pleine lune. Seul incident notable : une gamelle monumentale dans la descente du Col des Isards. Heureusement, je tombe à plat ventre sur les bâtons qui amortissent le choc en s’explosant en leur milieu : il finiront dans les poubelles du Pas de la Case ! De toute façon, je m’en fous, j’ai prévu d’abandonner.

Arrivé à la base-vie, je ne me sens pas si mal. Un repas, une douche, et à nouveau une sieste miraculeuse d’1/4 d’heure (toujours sans réveil!). Le moment le plus critique est le passage à la position assise. Je regarde ce que j’ai déjà réalisé, ce qu’il me reste à faire jusqu’à l’arrivée, mon état physique, et après un petit travail mental, c’est reparti ! (sans bâtons )

L’ascension suivante est physiquement éprouvante (marécages, hautes herbes, passages hors-pistes), mais j’avance régulièrement et rejoins sans encombre le ravitaillement d’Incles au petit matin après une descente plutôt tranquille. Les choses se compliquent lors de l’avant-dernière ascension, avec le soleil qui commence à bien taper, et l’apparition d’une sorte de crise d’asthme qui m’oblige à monter tout doucement en inspirant par le nez. Une pause au refuge dels Coms de Jan n’y change rien. La position allongée et la poussière ambiante empirent les choses. Mes bronches sifflent de plus en plus et je repars vite, de peur de rester bloqué ici. La dernière ascension est infernale, mais c’est la dernière ! Une fois franchi le Collada dels Meners, il ne reste plus que 20km, et tout en descente. Au niveau de la respiration, ça va mieux, mais le soleil et les températures caniculaires me font quand même très mal, et je dois m’arrêter à nouveau au ravitaillement de Sorteny, à la limite du coup de chaleur et de l’évanouissement, les mains et les lèvres gonflées comme des baudruches. Je m’allonge et m’endors recouvert de linges mouillés posés par les bénévoles. Peut importe le temps qu’il faudra, il faut juste finir. Quand je me réveille, ça va beaucoup mieux ; je me gave de pastèque et me prépare aux 12 derniers km qui me séparent de l’arrivée. Cette dernière section est la plus facile : de la descente de plus en plus modérée, pas mal d’ombre. Je continue même à trottiner sur le plat en ne voyant maintenant que les aspects positifs de la course : des paysages fantastiques, aucunes crampes ni tendinites ni pbs de digestion ; les jambes ont bien tenues malgré mes pbs de bâtons. Mes choix matériels et diététiques étaient plutôt bons.

Un dernier gros coup de barre à 2km de l’arrivée me fait remarcher ; c’est long, long, long !

Enfin, c’est Ordino, sa musique et son animation. Je me force à recourir pour franchir la ligne d’arrivée dans un état second…

Ça y est, je l’ai fait !!!

 

Retour au menu des récits